Bâtiment

Citroën Yser, cathédrale d’acier et de verre

Usine automobile

Au début des années 1930, André Citroën achète le terrain à la place de l’Yser. Un lieu idéal pour sa nouvelle usine automobile, qui sera pendant une certaine période la plus grande d’Europe. Le site jouit d’une excellente visibilité et se caractérise par une bonne accessibilité, à proximité du canal et du centre historique de Bruxelles.

En collaboration avec l’architecte français Maurice-Jacques Ravazé, les architectes belges Alexis Dumont et Marcel Van Goethem dessinent un énorme complexe de 16.500 m², essentiellement constitué de verre, d’acier et de béton, qui correspond parfaitement à l’esprit moderniste de l’époque. Outre les matériaux précités, des thèmes tels que l’ouverture, la transparence, la flexibilité, l’horizontalité, la fonctionnalité et la lumière y occupent une place majeure.

Îlot complet

Le complexe, qui occupe pratiquement un îlot complet, se compose littéralement d’une tête et d’un corps, respectivement le showroom tourné vers la ville et les ateliers situés le long des quais et du canal. L’image de marque, l’homme et la logistique sont au cœur des préoccupations d’André Citroën et de ses architectes.

Situé au carrefour de la place de l’Yser et du quai de Willebroeck, le show-room est un palais de verre volontairement spectaculaire de 21 mètres de hauteur caractérisé par une façade-rideau arrondie se déployant depuis le rez-de-chaussée jusqu’au toit. Cette façade-rideau est articulée verticalement par des colonnes ovales qui soulignent la sveltesse d’une véritable « cathédrale d’espace et de lumière ». L’ensemble est parachevé par un bandeau horizontal saillant au-dessus de la façade-rideau.

A l’origine, le show-room se composait uniquement d’un rez-de-chaussée avec revêtement de sol en marbre, plafond incurvé et éclairage électrique indirect. La lumière devait en effet jouer un rôle important dans la promotion de la marque et devait contribuer à la dimension iconique du bâtiment. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, le bâtiment est occupé par l’armée allemande, ensuite par les troupes britanniques. Le bâtiment retrouve ensuite sa destination d’origine et des étages supplémentaires sont ajoutés pour augmenter les surfaces nécessaires aux activités du garage.

Savoir-faire et technicité

Au cœur du bâtiment, le gigantesque hall des ateliers abritait à l’origine toutes les activités telles que le bureaux, montage, réparation, station-service et stockage. Les voitures étaient fabriquées sur place et passaient directement dans le showroom pour y être exposées.

Alors que le showroom attire l’attention sur le produit fini, les ateliers mettent l’accent sur la productivité et le processus de production. L’architecture souligne l’importance de la lumière du jour pour le travail de l’ouvrier. Et la construction respire le savoir-faire et la technicité.

L’élément le plus frappant est l’ingénieuse toiture appuyée sur des colonnes métalliques en treillis via d’élégantes poutres rivetées. Elle est équipée de vitrages qui assurent un éclairage naturel zénithal dans les ateliers de même que la façade-rideau vitrée de bas en haut et courant sur tout le pourtour du bâtiment.

Avant-gardiste

Le site dispose de quatre entrées (principales) dans le prolongement de l’axe Nord-Sud et de l’axe Est-Ouest. Dans les ateliers, l’axe Nord-Sud est accentué par une rangée plus élevée de treillis perpendiculaires aux autres travées. Elle fait la jonction avec le showroom. On peut déduire des dessins et photos de l’époque que cette jonction était équipée d’un vitrage d’une grandeur impressionnante. Dans le prolongement de celle-ci se trouve l’accès Sud vers la place de l’Yser. Dans la conception originale du bâtiment, il existait donc une vue dégagée depuis le showroom vers les ateliers et inversement.

L’axe Est-Ouest est un axe secondaire dont les accès sont caractérisés par le fléchissement des façades vers l’intérieur en direction des portes. Une « rue intérieure » fait la liaison entre le quai de Willebroek et le canal. La transparence est optimisée et l’interaction visuelle avec l’eau est une réalité.

André Citroën s’est montré avant-gardiste non seulement pour la typologie du bâtiment qu’il a voulu, mais également dans la méthode et la rapidité de construction. Tous les treillis ont été préfabriqués en usine afin de permettre d’édifier la structure métallique comme un château de cartes en à peine trois semaines. L’histoire raconte que l’installation de la façade-rideau et les aménagements intérieurs ont été achevés au cours des trois semaines suivantes…